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1/5 - Tidjaniya : Usages diplomatiques d’une confrérie Soufie (Par Bakary Samb)


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L’analyse contemporaine des relations internationales prend généralement peu en compte le facteur religieux. Plusieurs décennies de modernisation économique et sociale et l’impact de la sécularisation expliqueraient pour partie notre sentiment d’une véritable « revanche de Dieu » devant le regain de ses différentes expressions. Cette nouvelle donne – accentuée par la soudaine défaillance de l’ennemi soviétique qui « terrorisa » longuement l’Occident –, a désigné ou fait imaginer les « nouveaux barbares » de l’Empire, comme le notait déjà Jean-Christophe Ruffin [1] J.-C. Ruffin, L’Empire et les nouveaux barbares , Paris,...[1]. Au « péril rouge » communiste succéda alors un « péril vert » islamiste, construit théoriquement et entretenu. Cette manipulation des symboles et du discours religieux a certainement rendu l’approche des questions internationales de plus en plus fermée à la religion, et jeté un discrédit sur l’usage du facteur religieux.

Pour les sociétés du Sud, le religieux demeure une donnée fondamentale et influe, au-delà de leurs frontières, sur la dimension internationale : on ne peut évoquer les rapports entre le Sénégal, le Mali et le monde arabe sans prendre en compte son impact et son rôle. Mais vouloir déceler cet impact et ce rôle à travers les seules organisations et institutions panislamiques présente le risque de négliger d’autres aspects de la réalité. Dans les pays que nous étudions, le sentiment d’appartenance religieuse est intact et peut donc peser, sous différentes formes, sur les autres activités et dimensions de la vie sociopolitique. En étudiant la place diplomatique acquise par le Maroc au moyen d’un modèle religieux et de réseaux non institutionnels, l’objectif est ici, précisément, de se pencher sur l’impact du facteur religieux, de l’usage qui en est fait, plus que de faire une sociologie religieuse en soi.

Le religieux peut par exemple mettre à disposition du politique des ressources de légitimation qui lui font défaut : il en va ainsi de l’accueil du souverain marocain dans les rues de Dakar lorsqu’il est dirigé par les chefs des communautés religieuses, au nom de l’islam. L’acte est éminemment politique mais profondément empreint de religiosité. Dans son approche des interconnexions entre l’islam africain et le reste du monde musulman, Christian Coulon avait déjà remarqué que les relations internationales « n’étaient pas que l’affaire des États ou des multinationales ». Il écrivait : « la société civile a des systèmes de communication et d’identification qui lui sont propres et qui mettent en jeu des rapports que l’on peut qualifier d’internationaux lorsqu’ils concernent des peuples différents situés dans des entités politiques différentes [2] C. Coulon, Les Musulmans et le pouvoir en Afrique noire ,...[2] ».

De tout temps, dans le cadre africain et de l’islam local, des activités impliquant différentes nations mais échappant au contrôle des États et des autorités politiques ont pris place. Malgré la focalisation sur la notion d’oumma – parfois institutionnalisée au même titre que les structures étatiques –, on peut saisir la dimension « internationale » des appartenances religieuses, notamment confrériques. C. Coulon a pu déceler des facettes d’une diplomatie parallèle, ou périphérique, avant même que François Constantin ne les conceptualise comme « modes islamiques d’action diplomatique [3] F. Constantin, La Transnationalité : de l’individu...[3] ». Cependant, tant que ces études se restreignaient aux dimensions institutionnelles de l’oumma, avec l’Organisation de la conférence islamique (OCI) par exemple, on ne pouvait saisir que de manière très limitée l’impact réel du facteur religieux. Même parallèles aux structures étatiques, les organisations finissent par en épouser les contours et adopter leur mode de fonctionnement afin de gagner en reconnaissance. Il devient dès lors difficile de cerner le véritable rôle du religieux, ainsi que la manipulation de ses symboles par les différents acteurs. Son impact réel est donc à chercher dans les perceptions et la manière dont le sacré s’inscrit dans la vie sociale des acteurs ordinaires et façonne leur rapport au monde.

Le poids de la religion est traditionnellement analysé du point de vue de la politique intérieure des pays ; on étudiera au contraire ici son impact et son influence en matière de politique étrangère, à partir d’un cas où la diplomatie officielle est complétée, influencée, légitimée ou concurrencée par des acteurs non institutionnels qui s’appuient sur l’efficacité des symboles et sur leurs interprétations multiples. On prendra pour exemple le rôle de la confrérie Tidjaniya [4] La confrérie Tidjaniya constitue un exemple typique...[4] dans la politique étrangère marocaine en direction de l’Afrique subsaharienne, et plus particulièrement du Sénégal. Ce dernier pays, connu surtout pour son islam confrérique soufi, est depuis quelques décennies traversé par un renouveau religieux, avec une affirmation de plus en plus nette de mouvements d’obédience salafiste, voire wahhabite [5] Doctrine rigoriste de l’islam, née de l’accointance...[5]. Après un rappel de l’influence du facteur islamique dans les rapports arabo-africains en général, nous analyserons la manière dont la Tidjaniya s’est imposée comme un acteur incontournable des rapports sénégalo-marocains, avec ses réseaux et relais locaux qui véhiculent un discours religieux se prêtant à diverses interprétations. Les rapports sénégalo-marocains contemporains nous permettront de saisir comment cette confrérie soufie s’impose en régulatrice d’une coopération bilatérale, en devenant un enjeu important dans la lutte d’influence entre l’Algérie et le Maroc, opposés, entre autres questions, sur celle du Sahara occidental.


A suivre...

Dr Bakary Samb enseignant-chercheur au centre d'Etudes et Religion à l'Ufr Crac /Ugb
Mardi 6 Mai 2014

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