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« L’esprit d’entreprenariat chez nos Guides religieux » Par Cheikh Mouhammadoul Habib SY Maktoum








Les Précurseurs


Au risque de galvauder le concept pour certains, je peux affirmer que nos
guides religieux ont été, pour la plupart, des entrepreneurs à leur manière. En effet, ils ont su arrimer à leurs projets spirituels et mystiques, d’intenses activités économiques, plus ou moins structurées, afin de ne pas exposer leurs communautés à certaines précarités existentielles mais aussi, pour être des acteurs à part entière du développement économique et social de leur pays.

Une lecture anthroposociologique de l’Islam confrérique au Sénégal montre que l’activité agricole et l’élevage étaient au centre de la vie communautaire et sans lesquels aucune vocation spirituelle ou mystique n’aurait pu tenir.

Le Prophète Muhammad (PSL) n’a t-il pas dit qu’un ventre affamé ne saurait s’acquitter convenablement des exigences de la prière et de la lecture du Coran.

C’était aussi une source d’autonomie par rapport à d’autres cercles de pouvoir, notamment l’autorité coloniale. Chapeauté par un pouvoir spirituel et mystique de forte envergure, cette autonomie va être décisive dans le rôle de contre-pouvoir que les guides religieux vont assumer face au pouvoir colonial.

Cette dialectique du spirituel et de l’économique a été cruciale l’implantation du modèle confrérique comme force sociale de premier ordre et qui n’était inféodé à aucun autre système.

Les retrouvailles dans les champs du guide religieux permettaient également aux disciples de mieux se rapprocher, mieux se connaitre, donc de fraterniser selon les recommandations confrériques. Ce qui fut déterminant dans le rôle de pacification et d’unification de nos guides religieux pour l’instauration d’une cohésion sociale durable dans notre pays.

Khaly Madiakhaté Kala fut sans doute, l’un des précurseurs de cette dynamique économique et sécuritaire dans les cercles religieux maraboutiques. Il avait vite compris que le meilleur moyen pour les guides religieux de contrer l’influence « thieddo » auprès des populations récemment converties, était de susciter des avantages comparatifs en termes de production agricole, de réalisations économiques.

Son domaine agricole était aussi vaste et productif que celui du Damel cayorien avec la différence significative, que le « Kadi » visait à satisfaire les préoccupations solidaires auprès des nécessiteux, dignitaires comme serviteurs anonymes, alors que les récoltes du souverain servaient à remplir ses greniers.

Cheikh Ahmadou Bamba, (RTA), qui était plus qu’un avant-gardiste dans ce domaine, c’est-à-dire un Visionnaire hors du commun, avait incité les disciples « mourides » à ériger le travail par la sueur du front, à un rang de « culte ».

Cette ritualisation du travail chez les « Mourides » est devenue non seulement un facteur identitaire dans l’accomplissement de leurs obligations confrériques mais aussi, une façon d’exprimer et de valoriser leur attachement à leurs guides religieux et spirituels.

La forme la plus connue et la plus expressive de cet attachement, c’est la « hadiya » que chaque disciple se dit, devoir à l’endroit de son Guide.

Cette vision de Serigne Touba a aujourd’hui payé et porté ses fruits puisque la Communauté « mouride » constitue un maillon essentiel de notre poumon économique.

Serigne Babacar SY (RTA) était un agriculteur de vocation mais dans ses dossiers administratifs, il mentionnait toujours qu’il était cultivateur de profession.

Ce qui avait une double signification : d’abord sa proximité et sa solidarité sans faille avec le monde paysan dont il a toujours défendu la cause mais aussi, une manière pour le saint homme, de prévenir sur les exigences qu’impose une telle vocation. En effet, ce profil suppose une logistique de production performante, des objectifs de rendement et de production à forte incidence de revenus et peut-être un esprit d’amélioration constante des moyens, des variétés des semences pour doper la productivité, etc…

Selon une anecdote qui lui est attribué, il aimait dire à ses hôtes de marque, venus partager le repas familial que le riz qui leur avait été préparé, provenait de son domaine agricole de Niandane dans le Walo, l’huile qui avait servi pour la cuisson, provenait de l’arachide qu’il avait produit dans son champ de Diamaguène (près de Tivaouane) et que le bélier dont la chair avait aussi garni ce repas, fut dressé dans l’enceinte de la maison familiale, ...

L’entreprenariat au sein de la communauté des « Tidianes » : l’exemple de Seydi Cheikh A. T. SY « Al Maktoum »
« Al Maktoum » avait dit à son père, son mentor et Guide spirituel, Serigne Babacar SY : « mon époque est plus exigente que la vôtre, plus exigeante que celle de Maodo. Et je me dois d’identifier des outils performants pour faire face aux exigences de mes responsabilités ».

Mieux, il affirme quelque part, dans une de ses causeries publiques que la religion comme la politique ne peuvent servir de cadre légitime pour exercer une activité professionnelle de ce nom. Ce serait même une escroquerie morale ou politique de s’en servir pour acquérir une quelconque opportunité économique ou financière.

Le sens de l’entreprenariat chez « Al Maktoum » est né d’un conseil qui lui a été donné par un oncle kaolackois qui lui avait suggéré de s’intéresser davantage à une activité lucrative plutôt que passer tout son temps à enseigner les manuels classiques de la jurisprudence musulmane et de la littérature arabe comme le voulait la coutume familiale.

La première initiative lui vint en transformant un entrepôt du « Khalif » en une grande boutique destinée au « general merchadising » et cela avait constitué une nouveauté dans la ville sainte de Tivaouane pour quelqu’un qui était issu de la famille de Maodo Malick SY (RTA).

Cela avait aussi suscité des commentaires pas très bienveillants dans l’entourage familial et auprès de son père.

En effet, ses points de vue, ses prises de position, ses initiatives provoquaient toujours ces types de réaction visant à le mettre en mal avec son père, son maître, le vénéré Khalif.

Son apprentissage, en catimini de la langue française, l’introduction à l’époque, d’un téléphone dans sa chambre, l’achat d’un « commun car » chez les militaires américains, les champs de pomme de terre dans les Niayes, la coopérative agricole mise sur pied avec la « complicité » de Serigne Cheikh Mbacké « Gaindé Fatma », un autre pionnier de l’entreprenariat de la confrérie « mouride », avaient toujours attiré les mauvaises langues et ceux qui cherchaient à lui occasionner les foudres de son Maitre mais celui-ci avait d’emblée compris que son prodigieux enfant et disciple, était bien en phase, peut être prématurément, avec les réalités de son temps.

Quelques « Mokadem » avertis le soutenaient toutefois et lors de sa nomination comme ambassadeur plénipotentiaire du Sénégal en Egypte, Serigne Alpha Thiombane de Mont Rolland lui avait tenu ces propos exaltants : « nous n’avons pas encore assimilé ce que votre grand-père nous a légué. Pourquoi donc, devons-nous te déconseiller d’aller de l’avant ».

Avec les champs de Boulel, étendus sur une superficie de 1500 Km2 dans le bassin du Tip-Saloum, commencèrent ses véritables initiatives dans l’esprit de promouvoir une activité économique ayant une dimension nationale. Ils permirent au « Cheikh » de s’engager dans la production arachidière à grande échelle mais aussi, de se doter d’outils de transport, douze (12) camions au total, qui non seulement facilitaient le transport des graines du lieu de production aux points de vente mais aussi, faisaient du transport régulier de marchandises et de biens agricoles afin de rentabiliser l’investissement.

Des champs d’arachide aux huileries, le choix de Al Maktoum était logique en s’appropriant, non sans contestations, un fleuron industriel du Baol, la S.E.I.B., spécialisée dans la transformation arachidière et la fabrication de produits dérivés.

Avec les grandes sécheresses des années 70, il se débarrassa de cette usine sur des conseils d’amis et industriels européens, qui avaient vu pointer la crise des huileries durant cette période.

Avant d’évoquer l’épopée de son aventure industrielle avec la SOCOCIM, rappelons que le Cheikh avait été aussi durant les années 70, actionnaire dans une entreprise de briqueterie sise sur la route nationale 1, à hauteur de Petit Mbao mais aussi, celle de fabrication d’eau minérale dénommée à l’époque « Eau Montrolland » et qui exploitait la source de Thiayes située à Montrolland même.
Selon les confidences de Serigne Cheikh, c’est le Président Senghor lui-même qui avait pris l’initiative de lui rétrocéder la SOCOCIM qui, à l’époque, était la principale usine de cimenterie de la sous-région ouest africaine. Pour motiver son choix, Senghor lui avait dit qu’il était un chef d’une grande famille religieuse et un leader d’une grande communauté confrérique.

Autant se doter de moyens conséquents pour faire face à ses responsabilités lui avait-il affirmé.

Cette version du Cheikh me parait plausible, crédible d’autant plus qu’en ces périodes, il n’était ni dans les dispositions, n’avait ni les moyens financiers, ni l’expertise pour se doter cette « mastodonte » industrielle.

Il a fallu aussi mettre en œuvre l’influence de l’Etat auprès des banques nationales pour financer le projet.

Cela n’avait pas manqué de susciter une levée de boucliers auprès d’industriels et d’hommes d’affaires, jugeant l’attitude du Président, inéquitable. Des coalitions de circonstance avaient même été formées pour faire avorter le projet.

A cause de divergences politiques (sur fond de contestation de la gestion de l’entreprise) avec l’Etat sénégalais, actionnaire minoritaire, Al Maktoum finit par céder ses parts et renonça définitivement à ses activités industrielles.

Avec l’âge nous avait-il dit, d’autres priorités étaient en vus à son niveau.

Sa grande plume, sa pensée multidimensionnelle ainsi que ses dispositions méditatives dans la voie des grands Mystiques musulmans, lui permirent d’explorer et de dompter d’autres horizons, loin des turpitudes d’un monde où l’appât du gain terrorise le quotidien de tous.



Mouhamadou Habib SY
Le 22 Février 2020






Asfiyahi.Org
Mardi 3 Mars 2020






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1.Posté par khalil le 03/03/2020 12:53 | Alerter
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mashallah merci serigne

2.Posté par bodian le 06/03/2020 13:21 | Alerter
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Machala .Merci

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