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No. 3 [EN ROUTE VERS TREVISO] LES FONDEMENTS ISLAMIQUES DU SOUFISME - L’EXCEPTION SENEGALAISE : LA VISIBILITE DE L’ISLAM




Dans un article intitulé : ’’ Un parcours guidé dans le Sénégal islamique (Islam et Société au Sud du Sahara 2007)’’, Adriana Piga, de l’Université de Rome, remarque : « Ce qui frappe dans la société sénégalaise contemporaine, c’est la visibilité de l’Islam, visibilité forte, tangible, qui imprègne chaque repli du tissu urbain, qui s’insinue dans chaque programme politique, dans chaque plan de développement : tout est rempli de symboles islamiques. Dans les discours gouvernementaux, au cours de ces dernières années, l’évocation du Coran est fréquente, elle fait la une des quotidiens. La référence à l’Islam est devenue une constante, la ferveur et les énormes dépenses ostentatoires qui précèdent la Tabaski, la fête du Sacrifice, n’ont pas d’égales dans les pays limitrophes. Partout, dans les petites boutiques, dans les habitations, sur les marchés de Sandaga, Tilène et Colobane s’entassent des photos, des affiches et des portraits des grands marabouts, du Magal, le pèlerinage annuel à Touba, capitale de la Mouriddiyya, et du Gamou, festivité tijane à Tivaoune, en l’honneur de l’anniversaire du Prophète, sans compter les généalogies brodées de Baye Niasse, par exemple, ou de Seydou Nourou Tall. Partout, dans les ruelles de la Médina, dans Gueule-Tapée, à Dalifort, de même qu’aux Parcelles Assainies, il n’est pas rare de tomber sur les enseignes riches en multiples évocations du soufisme, encore aujourd’hui, en grande partie, dominant ».



No. 3 [EN ROUTE VERS TREVISO] LES FONDEMENTS ISLAMIQUES DU SOUFISME  - L’EXCEPTION SENEGALAISE : LA VISIBILITE DE L’ISLAM
Au Sénégal, l’Islam s’est insinué dans nos moindres préoccupations et dans notre Univers quotidien. Ainsi, Christian Coulon de noter : « Partout où l’Islam a durablement pénétré, il a donné naissance à une société nouvelle, à un autre style de vie, à de nouvelles solidarités sociales. Il en est ainsi arrivé à devenir une sorte de cadre de référence, un langage à travers lequel la société pense, agit, se transforme. Cette prégnance de l’Islam s’explique par une vieille présence au Sénégal. Les historiens datent la pénétration de l’Islam vers le Xème siècle, de l’ère chrétienne. Le Professeur Amar Samb distingue trois (03) phases dans l’évolution de l’Islam au Sénégal :
 
  • La première phase est la pénétration d’un Islam sunnite malékite très orthodoxe.
  • La deuxième est marquée par un Islam belliqueux et conquérant.
  • L’Islam confrérique et maraboutique en constitue la dernière phase.
 
Nous allons nous arrêter à cet Islam confrérique complètement appropriée par toutes les ethnies et par la population. Ce qui explique sa vitalité actuelle.
 

No. 3 [EN ROUTE VERS TREVISO] LES FONDEMENTS ISLAMIQUES DU SOUFISME  - L’EXCEPTION SENEGALAISE : LA VISIBILITE DE L’ISLAM
  1. Visibilité religieuse, vitalité confrérique
 
On peut lire sur le coffre arrière des taxis, l’avant des véhicules de transport en commun, les enseignes de commerces (restaurants, pharmacies, cliniques, stades et autres…les inscriptions suivantes) : « Wakeur Ababacar Sy, talibé Dabakh Malick, talibé Cheikh, Dieureudieuf Serigne Fallou Mbacké ». Pertinence intellectuelle, politique, sociale et psychoaffective, de la stratégie cognitive d’intervention propre à chaque confrérie, qui transpose sa pensée traditionnelle, dans le cadre d’une réalité psycholinguistique, et d’un champ sémiologique que nous décrivons, aujourd’hui, en terme de structure profonde et de structure de surface, de visibilité artificielle et de visibilité de substance, de discours implicite ou de discours explicite. Les transports en commun charrient, en même temps, que des passagers, toutes les valeurs, les espérances, les fantasmes de la société sénégalaise qui exigent plus d’analyse et un effort interprétatif pour décrypter le dit et le non-dit, et le dit par le non-dit.
 
 
Ainsi donc, majoritaire dans le pays (49%), assurant le leadership intellectuel en arabe et en français, massivement présents dans les structures de l’Etat et de l’Administration, dans les professions libérales, dirigeant les banques les plus importantes, opérateurs économiques dans les secteurs essentiels laissés aux Sénégalais dans un secteur privé prédominament étranger, les tidjanes ont toujours constitué l’ossature de la société sénégalaise où rien, de sérieux et de durable, ne se fait sans eux.
 
Cette Tarîqa a écrit les plus belles pages dans l’histoire intellectuelle, spirituelle, politique et sociale du Sénégal, qui ont créé cette atmosphère de paix, de tolérance et de démocratie que nous devons préserver comme la prunelle de nos yeux.
 
Le Sénégal est caractérisé par une coexistence parfaite entre religions, ce qui est l’un de ses plus importants atouts. Le pays est à 96% composé de musulmans, de rite sunnite malékite, avec une petite minorité chiite libanaise (22.000). A côté des confréries Quadri (8%) et Layéne (0.6%), la Tidjania (51%) et le Mouridisme (29%) constituent les deux grandes confréries au Sénégal.
 
Le Sénégal bénéficie ainsi, d’une culture démocratique ancienne et jouit d’une réputation d’ouverture et de dialogue, et d’une stabilité politique sans pareil. Il est considéré comme un exemple Africain de transition réussie vers la démocratie, ainsi que de respect de la liberté et de l’indépendance des médias : plus de deux cent (200) partis politiques sont légalement constitués et exercent librement leurs activités. Toutefois, comme toute démocratie, il y a des dérapages et des imperfections.
 
Véritable école de construction de soi, le soufisme, doctrine majoritaire au Sénégal et qui se manifeste à travers les confréries, a su puiser dans l’immense richesse doctrinale de la mystique musulmane, les éléments qui étaient les plus conformes au génie négro africain : la notion de mahaba (amour) qui se focalise sur la personne du Prophète (PSL) dont la naissance est célébrée toute l’année et sa vie chantée tous les jours.

 

 
  1. La centralité de la vie du Prophète
 
En réaction à une certaine Ecole juridique, préoccupée à trouver des justifications aux licences somptueuses (soieries, bijoux, henné, kohl, parfums) des gouverneurs et vizirs aux crochets desquels elle vivait, les soufis se sont accrochés, dès le premier siècle de l’Islam, au modèle du Prophète (PSSL) en retenant de lui ce que sa vie publique atteste : volonté éprouvée, maîtrise de soi, modération et prudence, mansuétude et finesse, patience et prévoyance, tout cela disciplinée par une foi profonde. Qualités que mêmes les noms musulmans lui reconnaissent à l’instar de Mahatma Gandhi, quand il dit :
 
« Je voulais mieux connaître la vie de celui qui, aujourd’hui, détient indiscutablement les cœurs de millions d’êtres humains. Je suis désormais, plus que jamais, convaincu que ce n’était pas l’épée qui créait une place pour l’Islam dans le cœur de ceux qui cherchaient une direction à leur vie. C’était cette grande humilité, cet altruisme du Prophète (PSL), l’égard scrupuleux envers ses engagements, sa dévotion intense à ses amis et adeptes, son intrépidité, son courage, sa confiance absolue en Dieu et en sa propre mission. Ces faits et non son épée lui amenèrent tant de succès et lui permirent de surmonter les problèmes ». Extrait du journal « Yeung India », cité dans « The light », Lahore, 16/09/1924
 
Ainsi Mohamed (PSL) était, sans aucun doute, le modèle suprême des soufis, l’exemple à suivre dans tous les aspects de la vie communautaire. Cet apport a profondément séduit les sénégalais qui ont consacré au prophète de l’Islam, leurs plus belles productions littéraires, dont certains vers d’El Hadji Malick SY :
 
وَحَــازَ مَا حَـــازَ لَكِــنْ لاَ يُمَاثــل مِــــــنْ
تَـــوَاضُعٍ وَخُـشُــوعِ  الْقـَلْبِ والرتم
مِنْ كُلِّ وَصْفٍ حَمِيدٍ حَازَ أَفْعَــلَ تَــفْـ
ضِيلٍ رَجَــاءُ الْبَرَايَا  يَــــوْمَ مُزْدَحَــمِ
وَكَانَ أَشْجَعَ أَسْخَى النَّاس أَحْسَنَـــــهُمْ
خَلْقًا وَخُلُقًا وَخَـــــــيْرَ الْحِزْبِ وَالْأُمَمِ
 
 
« Il était, ce qu’il était. Mais personne ne l’égalait, en matière d’humilité et de crainte révérencieuse.
 
De toute description profonde, il portait l’élatif, l’espoir des êtres humains le jour de la Résurrection. Il était le plus courageux, le plus généreux, le meilleur de tous, physiquement et moralement et le meilleur compagnonnage ».
 
La réflexion des mystiques se nourrit souvent de l’exemplarité du Prophète pour s’élever au-dessus d’un monde corrompu qu’ils entendent combattre et reformer.  En effet, la doctrine mystique telle que comprise  au Sénégal, rejette le conformisme, le dogmatisme et le fanatisme ; elle privilégie la méditation, l’intuition, la réflexion,  le combat non violent contre l’injustice, la défense des humbles et des minorités ; et témoigne d’une ouverture réelle sur l’art, la littérature (la poésie), la joie de vivre, la liberté. Le soufisme est la science du beau. Cette doctrine a non seulement innové dans le domaine des spiritualités mais aussi a contribué à donner à l’Islam une image de religion de paix, de compassion, de tolérance et de convivialité.
 
  1. L’ « axialité » du message d’Amour du soufisme
 
Les hommes sénégalais de Dieu ont été fascinés par le soufisme qui véhicule un puissant message d’amour, tel qu’exprimé par Ibn Arabi, le mystique andalous : « je professe la religion de l’amour et quelque direction que prenne sa monture, l’amour est ma foi ». Le message de l’amour dans le soufisme se perçoit également dans la poésie de Rabia Al Adawiyya, grande mystique de l’amour, ancienne joueuse de flûte devenue la sainte de Basra, où elle mena une vie retirée d’ascète.  Il suffira de lire ses poèmes pour comprendre la profondeur de sa piété et de sa vie spirituelle. S’adressant à Allah, elle déclare :
 
Oh ma joie, mon destin, mon appui
Mon doux ami, ma ressource, objet de mon vouloir
Toi, si ce n’était toi, Ami, ma dévotion.
Je me disperserais dans les vastes contrées.
Mon amour, maintenant, tu es le vœu de mon âme.
 
On se demande comment cette vision idéale de l’amour a pu naître dans le cœur des hommes d’Arabie ; rien ne l’annonce dans la poésie de la jahiliyya et de l’Islam matinal. Les vers d’amour qui constituaient le nasib de la qasida antique correspondent à un moment d’arrêt de la vie aventureuse :
قفا نبكي من ذكرى حبيب ومنزل
بسقط اللوى بين الدخول فحومل
إمرؤ القيس 
 
‘Arrêtons-nous pour pleurer le souvenir de la bien aimée’. Imr Quays
 
 
«Je me suis arrêté près de ces vestiges pour les interroger» Labid.
 
عفــت الديــار محلهــا فمقامهــــا
بمنــى تأبــــد غولهـــا فرجامهـــــــا
لبيد
 
         Cette doctrine  mystique représente une révolution dans la plénitude de son développement ; une révolution terminale jusque y compris dans ses dernières conséquences : créer un système nouveau et original de rapports moraux, juridiques, artistiques, philosophiques, comme le montre Abu Ala Al Afifi dans son excellent livre  La Mystique, Révolution spirituelle dans l’Islam :
 
 
لما كان  التصوف في نظري أروع صفحة تتجلى فيها روحانية الإسلام، وتفسيرا عميقا لهذا الدين.  فيه إشباع للعاطفة وتغذية للقلب- كتبت هذه الصفحات لأبرز فيها بعض معالم الصورة التي يتلخص فيها موقف الصوفية من الدين والله والعالم – سميت هذا الموقف "الثورة الروحية في الإسلام" لأن التصوف كان انقلابا عارما على الأوضاع والمفاهيم الإسلامية كما حددها الفقهاء والمتكلمون والفلاسفة – وهو الذي بث في تعاليم الإسلام روحا جديدة أدرك مغزاها من أدرك وأساء فهمها ما أساء" 
 
“La mystique musulmane de mon point de vue renferme les pages les plus brillantes dans lesquelles se manifestent la spiritualité de l’Islam et son interprétation la plus profonde. Elle comble nos sentiments de bonheur et nourrit nos cœurs. J’ai écrit les pages qui suivent pour montrer les éléments qui résument la position des soufis sur la religion, Dieu, et leur vision du monde. J’ai appelé cette posture « Révolution spirituelle dans l’Islam » parce que la doctrine est un renversement total des positions et conceptions islamiques fixées par les juristes, les philosophes et les rationalistes.  C’est ce renversement qui a donné à l’Islam son nouvel élan dont le secret est perçu par certains et ignoré par d’autres». 
 
La doctrine soufie, comme vision du monde et comme conscience diffuse, façonne avec ses valeurs, les activités de la vie individuelle et collective, capable de provoquer un renversement et donner un nouvel élan à l’Islam.
 
Détachement, centralité de la vie du Prophète, conception de l’amour, intervention dans la vie sociale sont des éléments qui caractérisent également le soufisme sénégalais. Ces questions traversent tous les débats des confréries au Sénégal. Mais dans la manière où elles sont articulées et abordées, elles imposent aux musulmans un désir de responsabilité et de lucidité sur la place et le rôle des confréries pour effectivement provoquer ce renversement et donner le nouvel élan qui réponde aux attentes profondes du monde d’aujourd’hui.
 


Par Serigne Mansour Sy Djamil
Jeudi 29 Mars 2018






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