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Des mausolées de Médine aux saints de Tombouctou : le Wahhabisme à l'assaut de la mémoire

Par   Dr. Bakary Sambe, Spécialiste du monde musulman Senior Fellow, European Foundation for Democracy –(EFD) Bruxelles


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Des mausolées de Médine aux saints de Tombouctou : le Wahhabisme à l'assaut de la mémoire
Encore une belle occasion d’alimenter la théorie sur les « nouveaux barbares » ! Les télévisions du monde entier se sont braquées sur les horribles images de destruction des mausolées dans la ville historique de Tombouctou.

Au-delà de la mise en pratique d’une doctrine wahhabite dans son expression la plus extrême, c’est le symbole même d’un islam africain constitutif de la civilisation musulmane qui est, encore, la cible de ces groupes.

Mais, cette idéologie rétrograde qui a toujours enfermé le débat sur l’islam dans un carcan ahistorique et une vision étriquée, avait déjà commis plusieurs forfaitures dans le même sens.

La « saga » wahhabite avait bien commencé en Arabie-même avant de décider d’en finir avec tout ce qui pouvait symboliser la diversité. Cet unitarisme dogmatique professé, à l’époque par un « théologien » en mal de reconnaissance qui s’offrit aux désirs d’un politique en quête de légitimité lui servant de bras armé, n’a cessé de faire des ravages dans les sociétés musulmanes, elles-mêmes, avant de se rendre tristement célèbre par le plasticage des Bouddha géants d’Afghanistan.

L’idéologie wahhabite fait encore, malheureusement, des émules et a conduit, récemment, à la destruction des mausolées des trois principaux guides religieux de la confrérie soufie Qâdiriyya à Mgadiscio par les Shebab.

Dans la logique de l’excluvisme religieux, ce courant prend souvent le masque de la restauration des dogmes pour se considérer comme ce virtuel « vrai islam » avec un endoctrinement qui a ses propres méthodes.  

Pourtant le Wahhabisme – se cachant très souvent derrière le vocable du salafisme-  n’est qu’une simple tradition religieuse, développée dans ce qui est devenu l’Arabie Saoudite, depuis le milieu du xviiie siècle par les oulémas de l’institution religieuse fondée par les héritiers de Muhammad Ibn Abd al-Wahhab (1703-1792). Cette institution, en retour, se considère comme la « gardienne » de cette tradition. L’une et l’autre entretiennent un rapport organique avec l’État saoudien, fondé en 1744 à la suite d’un pacte conclu entre Ibn Abd al-Wahhab et Muhammad Ibn Saʿud, selon lequel le « sabre » se mettrait désormais au service du « goupillon », et réciproquement.  

Voilà qu’un pacte purement politique, fondé sur la légitimation réciproque et l’échange de services, s’autoproclame seule « doctrine véritable » à l’assaut de tout ce qui, dans le monde musulman pouvait matérialiser son enrichissante diversité.

Mais la série des destructions et des saccages d’une bonne partie de la mémoire de l’islam avait bien commencé à Médine au cimetière d’Al- Baqî que les wahhabites ont complètement rasé, à l’époque.  Si, aujourd’hui, en terre africaine, les disciples du wahhabisme continuent de taxer les adeptes du soufisme d’associateurs (pratiquant ce qu’ils appellent le shirk) et les excommunient, les sources historiques restent formelles sur une tradition qui était bien ancrée en Arabie musulmane depuis la période classique de l’islam.

La présence de mausolées et de tombeaux ornés et décorés, édifiés, ou agrandis, avant 1326, est clairement attestée par Ibn Battûta lors de son pèlerinage à la Mecque et par Ibn Jubayr avant lui (1183). Le célèbre historien Ibn Battûta décrivait même une « grande coupole » sur la tombe d’Uthman ibn Affan, l’un des quatre califes dits « bien guidés » appartenant, pourtant, à la période sacralisée et idéalisée des tenants du salafisme wahhabite !

C’est, bien plus tard, que les wahhabites, près de 1200 ans après,  en vertu d'une fatwa prise par un certain cheikh Muhammad al-Tayyib, ont détruit les mausolées du cimetière médinois d’Al-Baqî` contigüe à la Mosquée du Prophète. D’ailleurs n’eût été la résistance de certains savants et autorités musulmans, le propre mausolée du Prophète de l’islam aurait déjà connu le même sort que ceux des saints de Tombouctou.

Et l’on peut croire que, sur le sort de la mosquée-tombeau de Médine, les wahhabites ne sont que dans une logique de « hudna », pause stratégique, le temps d’accomplir ce « vœu pieux » de « désacraliser » le mausolée du Prophète. Un célèbre penseur contemporain de ce courant continue à le professer et qui a bien inspiré les démolisseurs de Tombouctou. Il s’agit de Shaykh Albânî,  dans son ouvrage « Ahkâm al-Janâ-iz wa bida'uha ». Il y recommande que l'on retire la tombe du Prophète de l’islam  de la mosquée de Médine. La désacralisation est bien en marche ! Ce même auteur, presque sacralisé dans nos écoles salafistes de Dakar, Bamako ou encore de Niamey, insiste sur cette demande dans un autre de ses ouvrages Tahdir as-sâjid  Min ittikhâdil Qubûri Masâjid (pp 68/69).

Cette idéologie de la destruction n’a pas commencé à Tombouctou et ne s’y arrêtera certainement pas. Elle est inscrite dans un processus continu de négation de la différence, de la culture du débat pourtant institué par les textes et faits fondateurs de l’islam.

La même logique politique accompagne cette doctrine wahhabite qui, en réalité, a toujours été au service du pouvoir politique. Le cimetière d’al- Baqî, avant la venue au pouvoir du régime saoudo-wahhabite, avait plusieurs mausolées, qui étaient des lieux de pèlerinage des chiites et même des sunnites qui venaient à Médine.  

C’est partant d’un dogme qui considère comme un péché de se rendre sur la tombe d'un défunt que de nombreux sites religieux ont été détruits. Les wahhabites avaient même forgé le projet de détruire les sites Karbala et de Najaf (mausolée d’Imam Ali), en Irak, et leur projet de destruction de la tombe du Prophète a été abandonné suite aux violentes objections de la communauté islamique internationale.
 
Au-delà des évènements malheureux de Tombouctou on dirait que les tenants du wahhabisme sont dans une logique de destruction du patrimoine historique et de la mémoire tout court. Sinon comment comprendre la démolition d’une partie de la montagne d’Abû Qays, non loin de deux portes principales de la Ka’ba (Bâb-u- Salâm et Bâb-u-Ali) ? Abû Qays symbolisait pourtant, selon la tradition musulmane,  le premier endroit d’où le Prophète débuta sa prédication et où, habituellement les pèlerins étaient invités à faire une prière spéciale. La mémoire religieuse ainsi effacée, un somptueux palais royal y prit vite place comme pour avoir une belle vue sur la pierre noire peut-être visée, aussi, par les fatwas de la destruction.

S’il en était des idoles à détruire en priorité, ce serait, sans conteste, celles dressées sur le chemin d’une intelligence des textes sacrés, peuplant les esprits formatés pour l’éternel taqlîd, l’imitation aveugle non contextualisée au mépris de la raison et de la logique de l’ikhtilâf, le principe garanti de la divergence et du débat.
 
L’attaque au patrimoine de Tombouctou ne peut se comprendre que si l’on garde présent à l’esprit tout ce que cette ville représente pour l’Afrique, l’islam et l’humanité.

Cette cité connue, à l’origine, comme un campement des nomades berbères du XIIIème siècle marquera l’histoire du commerce transsaharien durant le tout le XIVème siècle. Tombouctou fait partie de cette époque de la grandeur en Afrique et de la civilisation sahélienne notamment avec l’empereur Manding Mansa Mûsâ, l’homme du célèbre pèlerinage à la Mecque. C’est en son temps que la Grande Mosquée de Djingareyber a été construite (1325 ap-JC) par un architecte andalou, Abû Ishâq as-Sahilî à qui le généreux empereur offrit, tout de même, 40 000 mithqâl (200 kg) d’or !
 
Au-delà d’une barbarie se drapant d’un manteau religieux, d’une étroitesse d’esprit signe d’une certaine pauvreté spirituelle conduisant à l’importation de cette idéologie, pourtant, battue en brèche dès sa naissance dans les ouvrages de Sulaymân Ibn Abdulwahhâh (propre frère du fondateur du Wahhabisme, dans  Aççawâ’iq al-ilâhiyya fi-r-radd ‘ala-l-wahhâbiyya) mais aussi de Yûsûf Ismâ’îl Nabhânî (Shawâhid-u-l-haqq), c’est cet esprit de Tombouctou que l’on a voulu tuer !
 
Car, c’est surtout l’esprit de Tombouctou qui dérange les idéologies sectaires telles que ce wahhabisme d’un autre temps.
 
Tombouctou est la ville des échanges et de l’ouverture. C’est de cette ville mythique que partit ce fils du Sahel qui émerveilla les Shaykh de Marrakech, ville de Qâdî ‘Iyâd : Ahmed Bâba al-Tinbuktî, tel que connu dans les classiques d’histoire au Maroc. L’image de l’érudit venu du Sûdân fit vite place à son statut de captif – après l’aventure saadienne d’Al- Mansûr contre l’empire Sonhaï, en 1596- !
 
N’est-ce pas, aussi, ce fils de Tombouctou qui démontra à l’époque, dans ses débats avec les Fuqahâ et oulémas maghrébins, que la pensée islamique n’a jamais été monolithique et que la philosophie du débat et de la divergence était aussi une réalité islamique ?
 
 
Mais Tombouctou ne doit pas tomber ! Sinon le chemin est ouvert pour d’autres dérives, d’autres destructions de mausolées et pour une dictature « intellectuelle » favorable au règne de la nouvelle « sainte ignorance ».
 
 
Dr. Bakary Sambe, Spécialiste du monde musulman
Senior Fellow, European Foundation for Democracy –(EFD) Bruxelles
 

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Lundi 16 Juillet 2012

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1.Posté par issa le 17/07/2012 15:40 | Alerter
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Ah mon cher ami, je suis heureux de t'avoir suggéré c et article, car il n'est que le bienvenu. En effet, il était bien temps d'entendre cet autre son de cloche, que démontrerait que l'édification de tombeau n'a rien de nouveau, mais qu'elle est conforme à la tradition islamique, la plus ancienne! Bâraka lâhu fik! Voilà à quoi servent les savants, entre autres fins: fermer le caquet aux prétentions , surtout lorsqu'elles sont, non seulement insolemment adossées à l'arrogance et à l'ignorance mais aussi dogmatiquement étriquées.

2.Posté par issa le 17/07/2012 17:27 | Alerter
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qui démontreraient...

3.Posté par Cheikh Tidiane Fall le 18/07/2012 17:39 | Alerter
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ras sinon bien dit

4.Posté par Seydina Alioune le 21/07/2012 13:59 | Alerter
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Merci professeur Bakary SAMBE, Yallah na Yallah faay

5.Posté par Ibnou khalâf le 04/08/2012 04:11 | Alerter
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Bonjour a tous,
S'opposer a la destruction des mausolée qui sont souvent malheureusement des lieux de shirk (sacrifice d'animaux pour autre qu'Allah, invocations à des morts etc.), c'est s'opposer à ce qui nous est parvenu dans la sunna authentique des notre bien aimé Prophète (3alayhissalatou wa salam). De plus, je n'ai jamais vu un seul saoudien dire qu'il est wahhabite et je pense que la situation religieuse dans nos pays en Afrique est bien plus préoccupante que la situation religieuse en Arabie Saoudite.
 
A titre de rappel voici une fatwa de sheykh ibnou baz (rahimaoullah), ancien mufti d'arabie saoudite éclairssissant la position de l'Islam sur la contruction de mausolées.
 
Question:
 
 
J’ai remarqué chez nous, sur certaines tombes, une pierre tombale sur laquelle est écrite le nom du défunt, la date de son décès et des phrases comme : « Qu’Allah fasse miséricorde à untel, fils d’untel ». Quel est le regard de la religion sur cette pratique ?
 
 
Réponse:
 
 Il est formellement interdit de construire sur les tombes, de même que d’écrire dessus, conformément à l’interdiction du Prophète, prière et salut d’Allah sur lui, dans Sahîh Muslim, selon Jâbir, qu’Allah l’agrée : « Le Messager, prière et salut d’Allah sur lui, a interdit de plâtrer les tombes, de s’asseoir ou de construire dessus. » [Muslim] En effet, cela fait partie des exagérations et l’écriture peut avoir des conséquences néfastes dans l’exagération et les interdictions.
 
Par contre, il faut remettre la terre que l’on a enlevée pour creuser la tombe, par dessus ; ainsi, la tombe dépassera le niveau de la terre d’une longueur égale à l’écartement entre le pouce et l’index, afin que la tombe soit visible. Ceci est la Sunna pratiquée par le Prophète, prière et salut d’Allah sur lui, ainsi que par ses Compagnons, qu’Allah les agrée, concernant les tombes.
 
De même, il n’est pas permis de la considérer comme une mosquée, de la couvrir de tissu ou de construire une coupole au-dessus, conformément au hadith du Prophète, prière et salut d’Allah sur lui : « Allah a maudit les juifs et les chrétiens car ils ont pris les tombes de leurs prophètes comme des lieux de prière (Masâjid). » [Al Boukhari, Muslim]
 
Dans le hadith tiré de Sahîh Muslim, selon Jundub ibn cAbdillah Al-Bajalî : « J’ai entendu le Prophète, prière et salut d’Allah sur lui, avant qu’il ne meure de cinq (jours ?) dire :
 
« Certes, Allah m’a élu comme ami intime, comme Ibrâhîm. Et si j’avais à choisir un ami intime dans ma communauté, j’aurais choisi Abû Bakr. Certes, ceux qui étaient avant vous considéraient les tombes de leurs prophètes et des gens pieux parmi eux comme lieux de prière. Alors ne prenez pas les tombes comme mosquées, car je vous l’interdit. » »[Muslim]
 
Les hadiths dans ce sens sont nombreux. Nous demandons à Allah d’aider les musulmans à s’attacher constamment à la Sunna de leur Prophète, prière et salut d’Allah sur lui, et d’éviter ce qui la contredit. Il est certes Audient et Proche. Que la paix et la miséricorde et la bénédiction d’Allah soient sur vous.
 
 
Fatwa de cheikh Ben Baz
 
Majmû Fatâwâ wa Maqâlât Mutanawica, tome 4, page 329
 
Autres ahadith relatifs au sujets :
 
Le Prophète (3alayhissalatou wassalam) a dit à Ali (radiAllahu anhu) envoyé en mission:« Ramène au ras du sol toute statue ou tombe surélevée que tu trouves sur ton chemin.» (Rapporté par Mouslim,969)
 
Ahmad a rapporté (3844) d'après Abdoullah qu'il avait entendu le Messager d'Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) dire: «Certes, les pires des gens sont ceux qui seront là lors de l'arrivée  de l'Heure et ceux qui transforment les tombes en mosquées.» Ce hadith est jugé bon par Chouayb al-Arnaouth dans son rétablissement du Mousnad.
 
J'espère que vous serez convaincu par ce que je vous ait posté!
 
Wassalam!

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